Serial sailor

Jacques Fauroux, le coup de crayon

Venus du multicoque ou de la Coupe de l’America, de la Volvo Ocean Race ou de la Mini Transat, de l’olympisme ou de l’IOR … voir parfois de plusieurs de ces séries, certains coureurs présents à Cannes pour les Régates Royales-Trophée Panerai skippent ou barrent ces magnifiques voiliers en baie de La Napoule ! Architecte naval reconnu dans le monde entier après ses moult victoires à la Quarter Ton Cup (Bullit) et la Three Quarter Ton Cup (Maligawa) mais aussi en 8mJI (Gaulois), Jacques Fauroux revient sur l’histoire de ces voiliers métriques…

 Jacques Fauroux, vous êtes souvent sur l’eau à Cannes mais cette fois ?
« J’ai participé à la remise en état du 6mJI Azaïs, un plan de François Camatte de 1933 construit à Cannes pour le Suisse Armand Martin. Il a été pratiquement entièrement refait par le chantier Phonem à Pompey en Meurthe & Moselle avec la collaboration de François Ramoger, le petit-fils de François Camatte ! Un énorme travail a été effectué : presque toutes les membrures, la structure autour du mât, 20% des bordés et le gréement ont été remplacés car le bateau a été récupéré à l’abandon dans un port hollandais. Les propriétaires voulaient respecter le concept d’origine et presque tout l’accastillage est d’époque avec les poupées de winches sur le pont, mais les manivelles en dessous… »

Vous avez participé à sa restauration ?
« Au niveau du gréement, oui. Azaïs a passé une grande partie de sa vie en Suisse parce qu’il avait été commandé par un membre éminent et dynamique de la Société Nautique de Genève. Et il a gardé ce 6mJI jusqu’à sa mort en 1951. Puis son fils a régaté avec avant qu’il soit revendu à plusieurs propriétaires successifs. »

Pour votre part, vous vous êtes plutôt consacré aux 8mJI !
« Le premier 8 mJI que j’ai dessiné était Gaulois en 1983 pour Gaston Schmalz : il était construit en aluminium, ce qui était une première dans cette série. J’avais fait la Coupe de l’America sur France III entre 1981 et 1983 à Newport, ce qui m’a inspiré dans le choix de ce matériau car il n’y avait pas encore de règle stricte à part le fait que la répartition des poids devait être similaire à une construction en bois. Ensuite, j’ai conçu en 1986 Gitana Sixty pour les soixante ans du baron de Rothschild, également en aluminium mais avec un pont en bois, puis une série de quatre 8mJI identiques, les Pandora : La Fayette, Dora, Aluette et un dernier qui n’a pas été fini. Enfin, le dernier-né est Fleur de Lys qui a été construit en 2001 et dessiné avec mon fils Nicolas. »

Les voiliers ont beaucoup évolué depuis l’instauration de la Jauge Internationale en 1907 ?
« La série des 8 mJI est très peu renouvelée car il y a peu de constructions neuves mais en revanche, il y a beaucoup d’anciens qui sont remis en état dans la série des « Classiques ».
La différence entre les « Modernes » et les autres se caractérise par le safran qui est suspendu sous la coque et non plus par une quille longue sur laquelle est fixé le safran. Ce changement est essentiel car le safran rapporté a permis de travailler sur les formes de quille, d’y ajouter des trimmers (volets sur le bord de fuite permettant de mieux serrer le vent en déformant le profil comme une aile d’avion). Avec les quilles à ailettes et les bulbes, les nouveaux « Modernes » sont encore plus raides à la toile et plus contrôlables au portant avec les safrans suspendus. Mais en termes de carène, il n’y a pas eu énormément d’évolution, ni du point de vue du déplacement car la série est régie par les règles du Loydds qui imposent un poids au mètre carré de bordé, de pont… En jauge métrique, si un bateau est lourd, c’est qu’il a plus de lest ; s’il est léger, c’est que le lest est faible car les coques à 50-100 kg près ont le même poids. Au niveau des formes, l’évolution est due au fait que les quilles longues ne sont plus imposées donc il n’y a plus de retour de galbord et il y a moins de surface mouillée. 
»

Caractéristiques d’un 6mJI type Azaïs:
Architecte : François Camatte
Constructeur : Chiesa de Cannes (1933)
Longueur de coque : 11,00 m
Flottaison : 7,00 m
Largeur : 1,85 m
Tirant d’eau : 1,60 m
Déplacement : 40 000 kg
Surface voilure : 43 m2